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dimanche 10 juillet 2016

Le Requiem des Abysses (Maxime Chattam)

Le Requiem des Abysses (Maxime Chattam)

De retour au début du 20ème siècle pour la suite directe de Léviatemps. Guy de Timée est cette fois aux prises avec un assassin pire encore que le précédent, dépassant en horreur les actes même de l’Éventreur...

Je me méfie toujours un peu des suites ou saga qui tentent de retrouver une espèce de gloire passée et qui en fin de compte recycle le premier tome par manque d’imagination. Chose bien entendu que Chattam se refuse à faire. Même s’il y a un lien très fort avec le premier tome, l’auteur fait évoluer ses personnages tout en nous plongeant à une époque révolue et nous mettant face à l’horreur ultime.

Passant à la vitesse supérieure, faisant quelques mises à jour avec certains passages du premier tome, Chattam coupe le souffle et instaure une ambiance redoutable.
Le machiavélisme avec lequel il joue sur les nerfs du lecteur, l’entraînant sur des fausses pistes pour mieux le surprendre, est efficace, au point que je n’ai pas su décrocher, replongeant dans ce roman à la moindre occasion, le dévorant jusqu’à avoir le souffle coupé.

Les ficelles du suspense ne tiennent pas ici sur des non-dits mais sur la capacité de Chattam à faire anticiper le lecteur pour mieux le gruger. Il brouille les pistes mais si on est attentif et que l’on recolle les morceaux après chaque révélation, on est en mesure de découvrir le fin mot de l’histoire sans difficulté, avant qu’il n’arrive. Cela n’en est pas moins passionnant pour autant.

L’histoire, justement, se déroule le plus clair de son temps dans la campagne française. Une fois encore Chattam parvient à nous faire vivre une époque que lui-même n’a pas vécue. Mais ce qui est le plus surprenant, c’est le virage qu’il prend au 2/3 du livre ; un retournement de situation qui nous perd, qui remet tout en question et nous fait comprendre que l’on était devant la partie émergée de l’iceberg. Encore une fois, les révélations sont fracassantes et on admire le brio de l’écrivain à relancer son sujet.

Encore plus sombre, plus morbide, plus fou, Le Requiem des Abysses (associé bien entendu à Léviatemps) est certainement l’un des meilleurs bouquins que j’ai pu lire ces dernières années. Si comme moi avant d’avoir lu cette duologie, vous ne connaissiez Chattam, il est temps de le découvrir parce que son travail est juste remarquable.

Léviatemps (Maxime Chattam)

Léviatemps (Maxime Chattam)

Chattam nous entraîne dans le Paris du début du 20ème, lors de l’Exposition Universelle. Ce n’est pas pour dépeindre les côtés rutilants de la capitale, loin s’en faut. Il plonge dans les bas-fonds et nous entraîne peu à peu dans les plus sombres aspects de l’être humain.

Son héros nous est d’entrée présenté comme quelqu’un de peu de morale. Pourtant, nous le suivons sans sourciller, curieux de savoir ce qu’il a mis au grand jour et que tout le monde semble vouloir enterrer.
Ce que l’auteur décrit alors n’est qu’un simple écho de notre société actuelle. Se faisant l’émissaire, peut-être même le témoin de notre décadence grâce à ce voyage dans le temps, il critique subtilement nos instincts les plus primaires.

Il joue habilement avec son lecteur, brouillant les pistes et accumulant ainsi plusieurs sujets de perversion. Tout s’entrechoque au point que l’axe principal devient à la fois secondaire et horriblement sublimé par tout le reste. La révélation finale n’en est que plus folle.

Ce que j’ai réellement apprécié dans ce roman, c’est la manière de décrire la vie dans ce Paris de 1900. Extrêmement bien documenté, visiblement, Chattam ne se contente pas de nous faire découvrir cette époque révolue, il nous la fait vivre, avec tout ce qui peut il y avoir d’aberrant pour nous, contemporains, qui avons certainement créé bien pire tout en le refusant.

Ce livre n’est pas forcément intense, ni même un monstre de suspense. Il y a dans ces pages cette atmosphère très particulière, ses personnages énigmatiques et inquiétants, ces lieux étranges, sombres et angoissants qui font que le tout tient la route sans que l’on ait besoin de pousser les explications à fond. Il y a juste ce qu’il faut pour que le lecteur se fasse lui-même l’idée de ce que peut être l’être humain. C’est peut-être cela le plus troublant.