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vendredi 3 février 2017

Mile 81 (Stephen King)

Mile 81 (Stephen King)


Pete Simmons va s’amuser sur une aire de repos, au Mile 81. Lieu abandonné, il ne devrait pas se retrouver là mais il aime braver l’interdit. Après avoir trouvé une bouteille de vodka dont il goûte le contenu et s’être endormi, il ne remarque pas le véhicule qui vient de s’arrêter sur le parking. Pas plus que ceux, intrigués par cette voiture, qui vont venir s’y frotter, à leurs risques et périls…

Une nouvelle de Stephen King qui commence bizarrement. En effet l’introduction est assez longue et on ne lui trouvera pas de réelles raisons d’être, mise à part la présence de Simmons, un gamin de 10 ans, sur les lieux. Ça sera également l’occasion pour King de traîner dans la boue la bêtise humaine et juvénile, mais tout ceci ne demandait pas une mise en place aussi longue.

Pour le reste, on va très vite plonger dans un domaine qui a fait la gloire de son auteur. On notera d’ailleurs que cette nouvelle rappelle Le Radeau avec sa nappe de pétrole qui boulotte les passants. Ici, c’est du même accabit. Et outre une référence non dissimulée à Christine, la nouvelle fait aussi écho à Roadmaster.

Pourtant, j’ai ressenti un certain malaise, pas tant par ce qui est décrit, ça ne me fait plus rien et même si j’ai pris plaisir à lire cette histoire, j’ai senti par moment que ce n’était plus King qui écrivait mais une sorte d’écrivain naïf qui n’avait que faire des incohérences. Comment un flic pourrait avoir un fusil à pompe sur la banquette arrière de sa voiture (posé comme ça) et laisser des enfants à côté de cette arme sous prétexte qu’elle a le cran de sûreté ? Et depuis quand les portes arrières de bagnoles de flic peuvent s’ouvrir de l’intérieur ?

Ce sont ces petites choses qui m’auront dérouté, sans parler des répétitions que j’impute à la traduction pour le coup. Quand on bosse sur un auteur, quel qu’il soit, on fait tout de même attention à ce que l’on fait !

Une nouvelle somme toute sympathique à lire donc mais qui ne sera pas à la hauteur de ce que King à l’habitude de nous donner.

samedi 28 janvier 2017

Sale Gosse (Stephen King)

Sale Gosse (Stephen King)


Georges Hallas est condamné à mort pour avoir assassiné un enfant en pleine rue. Résigné à son sort, lors d’une visite de son avocat, il décide de tout raconter, comment il a vécu avec ce sale gosse avant de décider d’en finir avec lui…

Ce n'est pas non plus la nouvelle du siècle, certes King a écrit mieux dans le genre mais elle reste plaisante, agréable à lire, suscite de l'émotion face à ce sale gosse que l'on a, nous aussi, envie de rosser… être abjecte.

Le plus flippant est sûrement de ne pas savoir qui il est, ni d'où il vient. Une sorte de tâche indélébile dans la vie de tout un chacun, quelque chose que l'on ne peut faire disparaître, que l'on ne peut oublier et qui revient sans cesse.

D’un certain point du vue, cette nouvelle me rappelle Le Singe, avec cet objet inoffensif – ou du moins supposé inoffensif – et qui revient à chaque fois pour martyriser une personne en particulier. Effrayant.

Quand on plonge dans le récit de Stephen King, on ressent cette sensation désagréable, qui colle au corps, ce sale gosse qui est là, nous nargue, nous pourrit la vie, qui disparait et qui revient sans aucune raison apparente, sans que l’on mérite un quelconque châtiment.

Encore une fois, très rapidement, King nous fait plonger au cœur d’une époque, d’un environnement et sait nous mettre à l’aise pour mieux nous surprendre et créer ces sensations étranges et dérangeantes, jusqu’au bout.

vendredi 27 janvier 2017

... Stephen King

Stephen King


C’était un jeudi soir, perdu quelque part dans les années 80, vers la fin. Sur une chaîne est diffusé un film qui allait me faire découvrir un réalisateur et un auteur dans le même temps. Le premier allait devenir un de mes cinéastes préférés ; le second, mon auteur favori. Et je me garderais bien de dire que je suis son fan n°1, formule que je trouve, tout comme lui, effrayante.

Le cinéaste est JohnCarpenter.
L’auteur est StephenKing.
Le film, Christine. L’histoire de cette voiture qui roule toute seule, qui se répare toute seule, qui balance des vieux tubes des années 50 sur son poste et qui se venge si l’on s’en prend à elle ou son propriétaire. Une histoire d’amour impossible et violente, si tant est qu’une histoire d’amour puisse être autre chose. Ce film comporte une réplique qui m’aura marqué. Arnie est venu rendre visite à son pote Dennis cloué sur un lit d’hôpital. Arnie, métamorphosé en caïd alors qu’il était un souffre douleur, lui demande alors : « Ne t’es-tu jamais demandé quel était le rôle des parents ? Peut-être qu’ils ne sont là que pour tuer leurs enfants. »
Je paraphrase mais on peut tordre cette idée dans tous les sens, elle reste impressionnante, violente et gravée.

Christine


Deux jours plus tard, dans les rayonnages d’un grand magasin, je cherche le livre Christine car je veux découvrir cet auteur, bien conscient que je n’aurais pas le même produit entre les mains. Je le trouve et sitôt de retour chez moi que je tombe dans cette histoire, en découvre les différences et sans renier le film et son réalisateur qui produit toujours un excellent travail, je suis sous le charme. Avec cette envie de découvrir d’autres titres.

À époque, il n’y a pas d’internet. L’ordinateur même est un luxe qui ne fait pas partie des prérogatives de mes parents. Ce n’est peut-être pas un mal. On se renseigne en prenant les informations là où elles sont et surtout en laissant aller notre intuition et notre confiance en l’auteur. Ma première source d’informations est bien entendu la première page du livre, celle où s’enchaînent les titres de cet auteur à première vue très prolifique.

Mon deuxième roman de Stephen King est Carrie. Encore une fois sous le charme, je confirme que cet auteur est un grand. Catalogué dans le genre horreur, je trouve que cela va bien plus loin encore. C’est psychologique, profond. King fait vivre nos propres peurs et nous invite à suivre celle des autres. C’est beaucoup plus humain qu’on ne veut bien le croire.


Simetierre


S’enchaîne alors les titres.
Simetierre, une claque car très déstabilisant, morbide, sombre, glauque. Un malaise permanent au long des pages.
Brume – Paranoïa, car j’ai une ancienne édition en deux tomes. Il s’agit d’un recueil de nouvelles et je comprends que King est à l’aise dans les récits aussi bien courts que longs, voire très longs. Si Brume fait partie des recueils qui ont ma préférence, il y a une nouvelle qui m’aura particulièrement dérangé : Le Singe. L’histoire d’un homme revenant sur les traces de son passé pour découvrir un jouet, ce fameux singe aux cymbales que tout enfant a dû avoir un jour chez lui, un peu comme un Kiki qui, lui, traversera un peu mieux le temps. Ces singes avait quelque chose d’effrayant, un peu comme les clowns. Et dans la nouvelle, il l’est plus particulièrement car cet homme a beau s’en débarrasser, le singe revient sans arrêt et d’un coup de cymbales, réveille les pires cauchemars, les pires souvenirs. Rarement je n’avais éprouvé autant d’angoisse devant un texte.

Cujo


Cujo représentera ma première déception. Enfin, « déception » est un bien grand mot. Disons que le roman ne m’aura pas aussi bien enthousiasmé que les autres.

Je ne vais pas refaire toute la bibliographie de King. Très peu de roman m’auront laissé de marbre. À part Cujo et Rose Madder, tout le reste est de haute volée. Un succès qui perdure d’année en année, de titre en titre.

La part des ténèbres


J’ai quand même eut quelques moments de pleine admiration. Devant Misery par exemple qui nous plonge dans une angoisse sans nom. Haletant, on transpire pour cet auteur séquestré par un des personnages les plus terrifiants qu’ait écrit King.
La Part des Ténèbresaussi m’aura laissé un excellent souvenir.
Plus tard, j’ai halluciné sur Sac d’Os. Entre sa description très méticuleuse de la perte d’un être cher et de l’angoisse de la page blanche pour un écrivain, il faut tout de même bien connaître Stephen King pour apprécier tout le génie de cet œuvre. Car pendant près de 500 pages, tout est formidable, tout se passe pour le mieux, rien de bien inquiétant, on s’installe confortablement en regardant plusieurs fois la couverture pour confirmer que c’est Stephen King qui a écrit ce que l’on pourrait presque appeler un conte de fée. En fait, on comprend que c’est pour mieux enfoncer le lecteur dans une déprime sans nom par 100 dernières pages où le cataclysme se déclenche, implacable, cruel, soudain.

Dôme


La dernière fois que j’ai retrouvé cette atmosphère d’euphorie en lisant King, c’était pour Dôme. J’ai commencé à regarder la série diffusée à la télé. Et s’il y a une chose indéniable que l’on doit ressentir lorsqu’on se pose devant une adaptation de King, c’est justement cette ombre de l’auteur qui plane au dessus de l’œuvre. Il est omniprésent. L’ambiance doit être particulière, lourde et légère à la fois, un peu délurée peut-être. Hors, ici, je ne ressentais rien de tout cela. Pire, je me disais que jamais King aurait traité ses personnages de la sorte. Quelque chose n’allait pas. J’étais devant une série lambda qui répondait aux codes traditionnels de la série de merde comme les studios savent si bien en produire pour satisfaire le plus large public. Incapable d’admettre que King soit tombé aussi bas, j’ai stoppé toute lecture pour ouvrir Dôme et me rassurer. Si j’ai été soulagé de voir que la plume de l’auteur n’était pas devenue aussi pourrie que ce que j’avais vu sur l’écran, j’ai tout de même été déçu de comprendre que King lui-même avait renié son travail. Et voir Spielberg associé à cette trahison honteuse est peut-être encore plus déroutant.
Il n’y a qu’un seul Dôme et c’est le roman.

Pendant très longtemps, je n’ai pu lire autre chose que King, ne trouvant mon compte nulle part. Si les choses ont changé, King reste et restera indétrônable. C’est définitivement mon auteur préféré.




lundi 19 décembre 2016

22/11/63 (Stephen King)

22/11/63 (Stephen King)


Jake Epping, professeur dans un lycée, se voit l’opportunité de revenir en 1958 et de sauver la vie de John F. Kennedy en contrecarrant les plans de Lee Harvey Oswald...

Avec King, j’ai souvent du mal à être objectif. Il nous sert ici non plus un pavé mais carrément un parpaing difficilement transportable partout. Ceci dit, la lecture est facile et on plonge complètement dans cette histoire démente dès les premières pages.

L’auteur prend alors tout son temps pour raconter son petit délire, installer le suspense et, personnellement, j’ai trouvé la partie tant attendue où son héros rencontre enfin Lee Harvey Oswald la moins passionnante, voire la moins aboutie.

Car on va très vite comprendre que le plus palpitant dans ce livre n’est pas tant cette fameuse journée funeste dans l’Histoire américaine, mais plutôt tout ce qui va se passer avant et le peu qui se passe ensuite.

Sur un récit à la première personne, qui d’emblée nous annonce la fin sans surprise, du moins en partie, nous voyageons avec le héros dans une époque révolue. Avec la crise économique qui secoue le monde actuel, cet écho du passé est tout simplement déchirant. King parvient cependant à nous installer confortablement dans cette période étrange où la liberté et les mentalités étaient autres et côtoyaient la ségrégation et la violence, entre autre. Les différents conflits qui secouent le monde d’alors ne sont pas laissés de côté et il faudra tout de même de solides connaissances historiques et/ou de culture générale pour combler quelques vides. Parce que King ne s’improvise pas professeur d’Histoire et ne va donc pas nous faire un cour magistral et pompeux pour nous expliquer dans le détail la crise des missiles à Cuba, le désastre de la Baie des Cochons, ni même ce qui s’est passé exactement le 22/11/63. À chaque fois, nous vivons les évènements d’un regard extérieur et il ne tient qu’à nous et nos connaissances pour combler quelques vides ; et parfois, ces connaissances peuvent s’avérer cruciales pour bien tout saisir.

En ce qui concerne la journée du 22/11/63, King prend le parti pris de la théorie du tireur isolé. Oswald est donc le seul assassin. Est-ce pour simplifier la vie à son héros (et par extension son histoire) ou simplement par conviction ? Nous ne le saurons que dans la postface mais j’ai quand même eu beaucoup de mal avec cette fameuse thèse dans la mesure où King lui-même vient appuyer les différents rapports attestant que Oswald était loin, voire très loin, d’être un tireur d’élite. Comment un branque pareil a-t-il pu tirer trois balles dans le dos d’une personne aussi loin et en mouvement et surtout comment peut-on admettre qu’il ait pu toucher le président de face ? Je n’arrive pas à saisir comment on peut être aussi obtus vis à vis des preuves irréfutables (vidéo à l’appui) sur la présence d’autres tireurs sur le site. Parce qu’il faut être sacrément bon pour tirer de face tout en étant dans le dos de sa cible. Sans aller jusqu’à défendre la théorie du complot (qui peut aussi tenir la route, après tout, pourquoi pas ?), comment peut-on évincer si rapidement cette hypothèse avancée par Jim Garrison en contre expertise du rapport de la commission Warren ?
À mon sens, King fait une lourde erreur en se lançant dans cette histoire aussi palpitante que casse-gueule et en ne prenant en compte toutes les théories.

Ceci étant, comme dit plus haut et paradoxalement, ce n’est pas cette partie là, pourtant haletante, qui m’aura le plus intéressé mais tout ce qui se prépare avant : la vie de Jake Epping, alias George Amberson, dans les années 50 et 60. Sur fond de rock, Jake/George joue les justiciers en sauvant des vies et croise bon nombre de références à l’oeuvre de King, comme Christine ou encore Ça (à travers une simple histoire d’enfants disparus donc un qui a eu le bras arraché).

Comme je l’ai signalé, vu que le récit est à la première personne, il ne fait aucun doute sur le final. Du moins en partie parce que c’est sans compter sur King pour faire un dernier revirement qui n’épargne pas son héros.
Il va sans dire qu’il montrera les désastres que peuvent provoquer ces fantasmes de vouloir changer le passé pour améliorer son présent.

L’idée est folle mais redoutable. Encore une fois King fait mouche mais autant être prévenu : 22/11/63 ne se lit pas n’importe quand et certainement pas comme première lecture de Stephen King, comme une découverte de ce monstre de la littérature contemporaine. Il faut connaître l’auteur et son oeuvre pour en apprécier toute la magie et accepter que certains passages, aussi lourds soient-ils à lire, vont servir un tant soit peu dans l’histoire. Car comme ne cesse de le dire King, tout s’harmonise tout le temps et l’histoire se répète sans cesse.

Maintenant, j'aimerai aborder un point qui n'a rien à voir avec l'auteur mais avec l'éditeur, Albin Michel. Vu le prix d'un livre de cette taille, il est inadmissible de trouver un nombre incroyable de fautes de frappe et de mots manquant, avec parfois des phrases qui ne veulent rien dire ! C'est une honte de se prétendre grand éditeur et proposer un produit aussi mal abouti. C'est irrespectueux envers le client et le lecteur.