vendredi 27 janvier 2017

... Stephen King

Stephen King


C’était un jeudi soir, perdu quelque part dans les années 80, vers la fin. Sur une chaîne est diffusé un film qui allait me faire découvrir un réalisateur et un auteur dans le même temps. Le premier allait devenir un de mes cinéastes préférés ; le second, mon auteur favori. Et je me garderais bien de dire que je suis son fan n°1, formule que je trouve, tout comme lui, effrayante.

Le cinéaste est JohnCarpenter.
L’auteur est StephenKing.
Le film, Christine. L’histoire de cette voiture qui roule toute seule, qui se répare toute seule, qui balance des vieux tubes des années 50 sur son poste et qui se venge si l’on s’en prend à elle ou son propriétaire. Une histoire d’amour impossible et violente, si tant est qu’une histoire d’amour puisse être autre chose. Ce film comporte une réplique qui m’aura marqué. Arnie est venu rendre visite à son pote Dennis cloué sur un lit d’hôpital. Arnie, métamorphosé en caïd alors qu’il était un souffre douleur, lui demande alors : « Ne t’es-tu jamais demandé quel était le rôle des parents ? Peut-être qu’ils ne sont là que pour tuer leurs enfants. »
Je paraphrase mais on peut tordre cette idée dans tous les sens, elle reste impressionnante, violente et gravée.

Christine


Deux jours plus tard, dans les rayonnages d’un grand magasin, je cherche le livre Christine car je veux découvrir cet auteur, bien conscient que je n’aurais pas le même produit entre les mains. Je le trouve et sitôt de retour chez moi que je tombe dans cette histoire, en découvre les différences et sans renier le film et son réalisateur qui produit toujours un excellent travail, je suis sous le charme. Avec cette envie de découvrir d’autres titres.

À époque, il n’y a pas d’internet. L’ordinateur même est un luxe qui ne fait pas partie des prérogatives de mes parents. Ce n’est peut-être pas un mal. On se renseigne en prenant les informations là où elles sont et surtout en laissant aller notre intuition et notre confiance en l’auteur. Ma première source d’informations est bien entendu la première page du livre, celle où s’enchaînent les titres de cet auteur à première vue très prolifique.

Mon deuxième roman de Stephen King est Carrie. Encore une fois sous le charme, je confirme que cet auteur est un grand. Catalogué dans le genre horreur, je trouve que cela va bien plus loin encore. C’est psychologique, profond. King fait vivre nos propres peurs et nous invite à suivre celle des autres. C’est beaucoup plus humain qu’on ne veut bien le croire.


Simetierre


S’enchaîne alors les titres.
Simetierre, une claque car très déstabilisant, morbide, sombre, glauque. Un malaise permanent au long des pages.
Brume – Paranoïa, car j’ai une ancienne édition en deux tomes. Il s’agit d’un recueil de nouvelles et je comprends que King est à l’aise dans les récits aussi bien courts que longs, voire très longs. Si Brume fait partie des recueils qui ont ma préférence, il y a une nouvelle qui m’aura particulièrement dérangé : Le Singe. L’histoire d’un homme revenant sur les traces de son passé pour découvrir un jouet, ce fameux singe aux cymbales que tout enfant a dû avoir un jour chez lui, un peu comme un Kiki qui, lui, traversera un peu mieux le temps. Ces singes avait quelque chose d’effrayant, un peu comme les clowns. Et dans la nouvelle, il l’est plus particulièrement car cet homme a beau s’en débarrasser, le singe revient sans arrêt et d’un coup de cymbales, réveille les pires cauchemars, les pires souvenirs. Rarement je n’avais éprouvé autant d’angoisse devant un texte.

Cujo


Cujo représentera ma première déception. Enfin, « déception » est un bien grand mot. Disons que le roman ne m’aura pas aussi bien enthousiasmé que les autres.

Je ne vais pas refaire toute la bibliographie de King. Très peu de roman m’auront laissé de marbre. À part Cujo et Rose Madder, tout le reste est de haute volée. Un succès qui perdure d’année en année, de titre en titre.

La part des ténèbres


J’ai quand même eut quelques moments de pleine admiration. Devant Misery par exemple qui nous plonge dans une angoisse sans nom. Haletant, on transpire pour cet auteur séquestré par un des personnages les plus terrifiants qu’ait écrit King.
La Part des Ténèbresaussi m’aura laissé un excellent souvenir.
Plus tard, j’ai halluciné sur Sac d’Os. Entre sa description très méticuleuse de la perte d’un être cher et de l’angoisse de la page blanche pour un écrivain, il faut tout de même bien connaître Stephen King pour apprécier tout le génie de cet œuvre. Car pendant près de 500 pages, tout est formidable, tout se passe pour le mieux, rien de bien inquiétant, on s’installe confortablement en regardant plusieurs fois la couverture pour confirmer que c’est Stephen King qui a écrit ce que l’on pourrait presque appeler un conte de fée. En fait, on comprend que c’est pour mieux enfoncer le lecteur dans une déprime sans nom par 100 dernières pages où le cataclysme se déclenche, implacable, cruel, soudain.

Dôme


La dernière fois que j’ai retrouvé cette atmosphère d’euphorie en lisant King, c’était pour Dôme. J’ai commencé à regarder la série diffusée à la télé. Et s’il y a une chose indéniable que l’on doit ressentir lorsqu’on se pose devant une adaptation de King, c’est justement cette ombre de l’auteur qui plane au dessus de l’œuvre. Il est omniprésent. L’ambiance doit être particulière, lourde et légère à la fois, un peu délurée peut-être. Hors, ici, je ne ressentais rien de tout cela. Pire, je me disais que jamais King aurait traité ses personnages de la sorte. Quelque chose n’allait pas. J’étais devant une série lambda qui répondait aux codes traditionnels de la série de merde comme les studios savent si bien en produire pour satisfaire le plus large public. Incapable d’admettre que King soit tombé aussi bas, j’ai stoppé toute lecture pour ouvrir Dôme et me rassurer. Si j’ai été soulagé de voir que la plume de l’auteur n’était pas devenue aussi pourrie que ce que j’avais vu sur l’écran, j’ai tout de même été déçu de comprendre que King lui-même avait renié son travail. Et voir Spielberg associé à cette trahison honteuse est peut-être encore plus déroutant.
Il n’y a qu’un seul Dôme et c’est le roman.

Pendant très longtemps, je n’ai pu lire autre chose que King, ne trouvant mon compte nulle part. Si les choses ont changé, King reste et restera indétrônable. C’est définitivement mon auteur préféré.