samedi 21 janvier 2017

Ce Cher Dexter (Jeff Lindsay)

Ce Cher Dexter (Jeff Lindsay)


Dexter est un serial killer. Dexter est aussi expert en analyse de sang pour la police de Miami. Deux jobs qui le mettent en danger lorsque l’on découvre des corps démembrés et parfaitement nets, sans aucune goutte de sang. Car Dexter le sait : ce tueur d’un nouveau genre cherche à lui dire quelque chose…

Connaissant la série que je trouve remarquable, au moins jusqu’à sa saison 6, le roman s’ouvre sur la traque de ce Tueur de Glace. Mais à mi-parcours, c’est un tout autre récit que l’on découvre, bien différent de celui de la série, avec une toute autre fin.

Ce n’est cependant pas la seule différence. Pour une fois, l’adaptation de Dexter est bien au dessus de l’œuvre originale.

Les personnages ne sont pas très présents et donc encore moins fouillés ici. Dexter n’a que très peu d’interaction avec eux. Angel est quasi inexistant et Doakes n’est qu’un prétexte à dire que quelqu’un veut être l’ennemi de Dexter, sans que l’on sache réellement pourquoi ce flic à une dent contre l’expert.
La relation Dexter/Rita est superficielle. Le seul personnage secondaire un peu plus présent est Vince Masuoka, sans pour autant rendre gloire à son humour déplacé et salace.

Qu’en est-il de Débra ? Déborah ? Deb ? Sa mine renfrognée fout le cafard tout au long des pages. Coincée, elle ne peut rien faire sans son cher Dexter. Et d’ailleurs, il en va de même pour la plupart des flics de Miami. Jeff Lindsay montre la puissance de déduction de son personnage principal de deux façons différentes : une par un pouvoir quasi surnaturel de Dexter de sentir les choses. Deux, par la niaiserie des flics qui l’entourent. Mis à part Angel que l’on ne voit pas ou même Vince, Deb est incapable de réfléchir. Il faut toujours qu’elle s’énerve après son frère pour que celui-ci lui donne les clés de l’énigme.

Quant à LaGuerta, si sa propension aux manœuvres politiques est bien démontrée, l’auteur nous la décrit sans arrêt comme le pire inspecteur de la planète. Limite débile mentale, elle parvient tout de même à tout comprendre en deux pages !

Des personnages très peu intelligents donc, juste de quoi faire savoir que Dexter n’est pas tout seul dans son roman. Serait-ce une erreur de débutant que de ne réfléchir à son seul personnage principal, sans lui donner une seule valeur grâce aux personnages secondaires ou est-ce tout simplement l’incapacité de l’auteur à vouloir explorer tout ce qui doit forger un être humain ? Propos qui, je le rappelle, est la base même du personnage de Dexter qui cherche à se fondre dans la masse en observant son prochain.

Ce Cher Dexter est peut-être assez bien écrit. Il se lit relativement vite. Cependant, il est loin d’être abouti et j’ai senti une fin bâclée ; sans parler des nombreuses fois où l’auteur tourne en rond, se répétant (le chapitre où Dexter fait le tour de son appartement pour se rendre compte que quelqu’un a pénétré son antre mais n’a rien volé et rien déplacé, est tout simplement un supplice), rabâchant sans arrêt que son personnage comprend tout et ne comprend rien à la fois. Ces longueurs accentuent le côté expéditif de certains passages qui tombent comme un cheveu sur la soupe. Tout cela rendant la lecture parfois ennuyeuse et brouillonne.

On reste dans la tête de Dexter, sur un récit à la première personne. Et si le monstre nous livre ses impressions sur les gens normaux (comme ça, une fois de temps en temps), on le trouve largement plus antipathique que dans la série. Plus froid, moins intéressé et moins intéressant, on le suit sans vraiment savoir où l’on va. L’intrigue n’a ici que peu d’intérêt à cause de ces personnages sans volume, sans aucune valeur.

Même si ce premier tome ne m’empêchera pas de continuer mon aventure, il est très loin de m’avoir convaincu.