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lundi 19 décembre 2016

22/11/63 (Stephen King)

22/11/63 (Stephen King)


Jake Epping, professeur dans un lycée, se voit l’opportunité de revenir en 1958 et de sauver la vie de John F. Kennedy en contrecarrant les plans de Lee Harvey Oswald...

Avec King, j’ai souvent du mal à être objectif. Il nous sert ici non plus un pavé mais carrément un parpaing difficilement transportable partout. Ceci dit, la lecture est facile et on plonge complètement dans cette histoire démente dès les premières pages.

L’auteur prend alors tout son temps pour raconter son petit délire, installer le suspense et, personnellement, j’ai trouvé la partie tant attendue où son héros rencontre enfin Lee Harvey Oswald la moins passionnante, voire la moins aboutie.

Car on va très vite comprendre que le plus palpitant dans ce livre n’est pas tant cette fameuse journée funeste dans l’Histoire américaine, mais plutôt tout ce qui va se passer avant et le peu qui se passe ensuite.

Sur un récit à la première personne, qui d’emblée nous annonce la fin sans surprise, du moins en partie, nous voyageons avec le héros dans une époque révolue. Avec la crise économique qui secoue le monde actuel, cet écho du passé est tout simplement déchirant. King parvient cependant à nous installer confortablement dans cette période étrange où la liberté et les mentalités étaient autres et côtoyaient la ségrégation et la violence, entre autre. Les différents conflits qui secouent le monde d’alors ne sont pas laissés de côté et il faudra tout de même de solides connaissances historiques et/ou de culture générale pour combler quelques vides. Parce que King ne s’improvise pas professeur d’Histoire et ne va donc pas nous faire un cour magistral et pompeux pour nous expliquer dans le détail la crise des missiles à Cuba, le désastre de la Baie des Cochons, ni même ce qui s’est passé exactement le 22/11/63. À chaque fois, nous vivons les évènements d’un regard extérieur et il ne tient qu’à nous et nos connaissances pour combler quelques vides ; et parfois, ces connaissances peuvent s’avérer cruciales pour bien tout saisir.

En ce qui concerne la journée du 22/11/63, King prend le parti pris de la théorie du tireur isolé. Oswald est donc le seul assassin. Est-ce pour simplifier la vie à son héros (et par extension son histoire) ou simplement par conviction ? Nous ne le saurons que dans la postface mais j’ai quand même eu beaucoup de mal avec cette fameuse thèse dans la mesure où King lui-même vient appuyer les différents rapports attestant que Oswald était loin, voire très loin, d’être un tireur d’élite. Comment un branque pareil a-t-il pu tirer trois balles dans le dos d’une personne aussi loin et en mouvement et surtout comment peut-on admettre qu’il ait pu toucher le président de face ? Je n’arrive pas à saisir comment on peut être aussi obtus vis à vis des preuves irréfutables (vidéo à l’appui) sur la présence d’autres tireurs sur le site. Parce qu’il faut être sacrément bon pour tirer de face tout en étant dans le dos de sa cible. Sans aller jusqu’à défendre la théorie du complot (qui peut aussi tenir la route, après tout, pourquoi pas ?), comment peut-on évincer si rapidement cette hypothèse avancée par Jim Garrison en contre expertise du rapport de la commission Warren ?
À mon sens, King fait une lourde erreur en se lançant dans cette histoire aussi palpitante que casse-gueule et en ne prenant en compte toutes les théories.

Ceci étant, comme dit plus haut et paradoxalement, ce n’est pas cette partie là, pourtant haletante, qui m’aura le plus intéressé mais tout ce qui se prépare avant : la vie de Jake Epping, alias George Amberson, dans les années 50 et 60. Sur fond de rock, Jake/George joue les justiciers en sauvant des vies et croise bon nombre de références à l’oeuvre de King, comme Christine ou encore Ça (à travers une simple histoire d’enfants disparus donc un qui a eu le bras arraché).

Comme je l’ai signalé, vu que le récit est à la première personne, il ne fait aucun doute sur le final. Du moins en partie parce que c’est sans compter sur King pour faire un dernier revirement qui n’épargne pas son héros.
Il va sans dire qu’il montrera les désastres que peuvent provoquer ces fantasmes de vouloir changer le passé pour améliorer son présent.

L’idée est folle mais redoutable. Encore une fois King fait mouche mais autant être prévenu : 22/11/63 ne se lit pas n’importe quand et certainement pas comme première lecture de Stephen King, comme une découverte de ce monstre de la littérature contemporaine. Il faut connaître l’auteur et son oeuvre pour en apprécier toute la magie et accepter que certains passages, aussi lourds soient-ils à lire, vont servir un tant soit peu dans l’histoire. Car comme ne cesse de le dire King, tout s’harmonise tout le temps et l’histoire se répète sans cesse.

Maintenant, j'aimerai aborder un point qui n'a rien à voir avec l'auteur mais avec l'éditeur, Albin Michel. Vu le prix d'un livre de cette taille, il est inadmissible de trouver un nombre incroyable de fautes de frappe et de mots manquant, avec parfois des phrases qui ne veulent rien dire ! C'est une honte de se prétendre grand éditeur et proposer un produit aussi mal abouti. C'est irrespectueux envers le client et le lecteur.

samedi 29 octobre 2016

Le Secret du Treizième Apôtre (Michel Benoît)

Le Secret du Treizième Apôtre (Michel Benoït)


Parce que le père Andrei était sur le point de découvrir un secret que l’Église cherche à dissimuler depuis sa fondation, il se fait assassiner dans un train alors qu’il rejoignait Paris. Juste avant sa mort, il avait eu le temps de se confier au père Nil, son ami. Ce dernier reprend alors la piste où le père Andrei l’avait laissée et se lance sur les traces d’une mystérieuse épitre qui prouverait que Jésus n’est pas le fils de Dieu...

Dans ce thriller historique et religieux, Michel Benoît, moine défroqué pour ses convictions, traite d’un sujet qui est loin de faire l’unanimité, bien évidemment, puisqu’il s’attaque aux fondements même de l’Église.

Comme il est de coutume dans ce genre de récit, nous voyageons entre l’époque contemporain et l’an 0 et un peu plus aussi, afin de découvrir ce qui aurait pu être la réalité historique d’alors, mettant à mal toutes les paraboles (ou presque) recueillies dans la bible.

Catholique non pratiquant, mon œil est toujours attiré par ces théories voulant bousculer les évangiles et l’existence même d’un Dieu unique. Alors forcément, lorsque Michel Benoît reprend la mort et la résurrection de Jésus pour démonter un à un tous ces faits mystérieux et mystiques, je ne peux qu’être heureux.

En effet, avant de nous plonger dans cette traque de l’épitre prouvant que Jésus n’est pas le fils de Dieu que l’on croit, l’auteur démonte rationnellement l’apparition des anges devant le tombeau qui est en fin de compte dû à l’éclat de la lumière renvoyée par leurs vêtements. Si la pierre a bougé, c’est parce que des personnes l’ont déplacée et si le corps de Jésus a disparu, c’est que ces personnes l’ont emporté dans le désert où il repose à sa juste place, le tombeau n’étant en fait qu’un prêt.

Sans pour autant tourner la bible en dérision, Michel Benoît reprend méthodiquement certains passages pour appuyer sur le fait que l’Église repose sur un mensonge et que la divulgation de la vérité la mènerait à sa perte. Et il démontre bien que si à une époque ceci était inconcevable dû à la croyance fanatique des ouailles avec l’aide de l’inquisition, de nos jours, où la religion perd de plus en plus de poids et étant séparée de l’État, l’institution est plus que jamais en danger.

L’époque contemporaine est alors un moyen d’expliquer la naissance d’une secte et son fonctionnement tout en gardant sa réserve grâce à un procédé basé sur la paranoïa des personnages et la méfiance que l’on peut avoir à l’égard de chacun d’eux. Si le père Nil, héros de ce récit, est sûrement le plus à même de nous offrir un tant soit peu de confiance, nous restons perdus avec les autres, ne sachant pas vraiment sur quel pied danser, déroutant ainsi notre attention et faisant monter la tension.

Le Secret du Treizième Apôtre est très documenté et nous invite au voyage à travers des époques différentes, des couloirs interdits, ou dans les rues du Vatican contemporain. Complet, très bien construit, haletant, c’est une perle du genre en somme nous poussant à la réflexion !

dimanche 10 juillet 2016

Le Septième Templier (Giacometti & Ravenne)

Le Septième Templier (Giacometti & Ravenne)

J’avais entendu parler de Giacometti-Ravenne mais n’avais encore jamais lu un de leurs romans. C’est désormais chose faite avec Le Septième Templier. Certes, je commence par la fin, puisqu’ils ont déjà produit des ouvrages avec le héros du récit, Antoine Marcas… du coup, j’ai peut-être quelques blancs à combler et ceci expliquerait peut-être cela (on va y revenir).

Le livre se base sur une légende qui continue à faire rêver historiens et archéologues : le fameux trésor des Templiers. Bon nombre d’ouvrages reprennent le mythe et chaque auteur y va de sa petite hypothèse, contribution destinée à faire grossir un peu plus l’Histoire de la fin de l’Ordre du Temple, ordonnée par Philippe le Bel.

La construction n’a donc rien d’originale dans ce genre d’œuvre puisque les auteurs font voyager le lecteur entre le début du 14ème siècle et notre époque avec des chapitres relativement courts qui dynamise l’intrigue. Cependant, le principe fonctionne toujours aussi bien.
Trois grands axes se dessinent alors, trois histoires qui trouveront à un moment donné leur point de jonction. Le premier axe est bien entendu celui décrivant la chute de l’Ordre du Temple, avec les complots orchestrés entre Philippe le Bel et le pape Clément V.
Le deuxième axe tourne autour du Vatican lui-même, à notre époque. Et le dernier, bien entendu, suit les périples d’Antoine Marcas, commissaire franc-maçon au département des objets historiques volés.

Je vais être franc (sans être maçon, elle était facile !), ce n’est certainement pas la partie contemporaine qui m’aura le plus emballé. Marcas n’est pas intéressant alors qu’il a tout pour plaire. Dès qu’on parle de franc-maçon, on peut tomber sur tout et son contraire et l’énigme est si complexe qu’elle en est forcément intéressante. Or, ici, aucun volume le Marcas, tout juste bon à servir d’aiguillage à l’intrigue qui, elle, se révèle plus intéressante (et encore !). N’ayant pas lu les précédentes aventures de cet Indiana Jones au rabais, c’est peut-être ce qui explique que je n’ai pu adhérer au héros. Et si c’est le cas, cela signifierait que l’on a fait le tour du personnage, qu’il n’est donc pas aussi intéressant que cela pour parvenir à ne plus savoir quoi dire sur lui.

Le point de vue du Vatican passe encore même si c’est loin d’être ma tasse de thé. Mais j’avoue jubiler quand on nous présente une sainte église blanche et pure s’adonner à toutes sortes de blasphèmes qu’ils condamnent eux-mêmes.

Les passages décrivant ce 14ème siècle sont donc les plus réussis, les plus captivants. En s’appuyant sur les faits historiques, les auteurs parviennent à montrer leur vision des choses. On sent la documentation approfondie mais également les hypothèses avancées pour expliquer les évènements flous (notamment sur la fuite des Templiers) ou la volonté de revenir sur des parties de notre Histoire pour leur donner une autre vision, quitte à donner dans le sensationnel.
En fin de volume, on trouve d'ailleurs une petite liste des libertés prises par les auteurs. Liste qui vient renforcer le fait que tout n'est pas aussi clair dans notre Histoire...

On retrouvera cette façon de mêler actualité et roman dans la partie consacrée au Vatican. Les auteurs n’hésitent ainsi pas à rapprocher l’affaire Madoff et l’Église ou même de glisser un mot sur l’affaire Kiervel. Le fonctionnement de cet état est d’ailleurs très bien expliqué.

Cependant, quand on revient sur notre héros, c’est une autre paire de manches où là, on a affaire à tout un tas d’incohérences, voire de principes que l’on ne voit que dans les mauvaises séries (comme les journaux diffusant des images de l’attentat sur le pape… dubitatif…), de raccourcis scénaristiques douteux, de situations tirées par les cheveux avec des méchants des années 70 qui expliquent leurs plans alors qu’ils assurent vouloir tirer sur leur cible… Je n’attaque pas l’aspect historique puisque je ne suis pas expert en la matière. Au contraire, ces passages, ces idées, me poussent à approfondir les recherches, découvrant des principes, des choses que je ne connaissais pas avant. Par contre, sur le déroulement de l’intrigue, les personnages, etc. il y a des choses qui ne se font pas ou ne se font plus et qui méritent plus de réflexion pour renforcer les tensions aux moments cruciaux et éviter de tomber dans le facile. On ne fait pas passer un tueur pour intelligent si c’est pour lui donner des propos ou des réactions absurdes quand on balance son héros dans une (pseudo) impasse. On ne fait pas boire un poison à son personnage pour le ressortir d’on ne sait où, on ne sait comment avec pour seule explication : « Ah ! Je vous ai bien eu, j’ai fait semblant de boire le truc pas bon ! »
Bref ! De petits détails bâclés qui à force de faire sourire plombent ces passages qui ne valent plus grand-chose.

Il y a bien un autre point plus important qui me chiffonne et qui en fait remet en question tout le roman mais je ne peux malheureusement pas en faire part dans ces lignes sans spoiler l’ensemble du livre. Car si on supprime ces petits détails gênants, ces incohérences, ces facilités sous prétexte que ce n’est qu’un roman, ça reste très plaisant et très facile à lire.

Je m’attendais quand même à quelque chose de plus abouti, sans erreur trahissant peut-être un manque d’imagination sous couvert d’une documentation historique et contemporaine des plus fouillées.
À noter que l’édition que j’avais entre les mains était exécrable : un nombre incroyable de points non imprimés, des fautes de déterminants, etc…
Point de vue écriture, il y a aussi à déplorer des répétitions dignes d’une rédaction d’élève de CE et un sens du suspense quelque peu désuet de nos jours. La façon de faire est toujours la même et se répète au fil des chapitres : le personnage en sait plus que le lecteur et on le fait bien savoir à ce dernier dans l’espoir qu’il aille au chapitre suivant pour la révélation. Ce lecteur se trouve alors exclu de l’intrigue alors qu’on aurait tout intérêt à le laisser anticiper les choses (seulement, les ficelles sont si grosses que ça serait du foutage de gueule que de faire ainsi).
Et attention les gars à la manière dont vous agencez vos mots : parfois, la phrase ne veut plus dire la même chose ou alors elle constitue une faute de Français si énorme que l’on en est à se demander si ce n’est pas un collégien qui écrit ça.

Autant de points négatifs qui m’ont déçu dans la découverte de ces auteurs et qui les font presque passer pour des amateurs de la langue française…