dimanche 10 juillet 2016

Le Septième Templier (Giacometti & Ravenne)

Le Septième Templier (Giacometti & Ravenne)

J’avais entendu parler de Giacometti-Ravenne mais n’avais encore jamais lu un de leurs romans. C’est désormais chose faite avec Le Septième Templier. Certes, je commence par la fin, puisqu’ils ont déjà produit des ouvrages avec le héros du récit, Antoine Marcas… du coup, j’ai peut-être quelques blancs à combler et ceci expliquerait peut-être cela (on va y revenir).

Le livre se base sur une légende qui continue à faire rêver historiens et archéologues : le fameux trésor des Templiers. Bon nombre d’ouvrages reprennent le mythe et chaque auteur y va de sa petite hypothèse, contribution destinée à faire grossir un peu plus l’Histoire de la fin de l’Ordre du Temple, ordonnée par Philippe le Bel.

La construction n’a donc rien d’originale dans ce genre d’œuvre puisque les auteurs font voyager le lecteur entre le début du 14ème siècle et notre époque avec des chapitres relativement courts qui dynamise l’intrigue. Cependant, le principe fonctionne toujours aussi bien.
Trois grands axes se dessinent alors, trois histoires qui trouveront à un moment donné leur point de jonction. Le premier axe est bien entendu celui décrivant la chute de l’Ordre du Temple, avec les complots orchestrés entre Philippe le Bel et le pape Clément V.
Le deuxième axe tourne autour du Vatican lui-même, à notre époque. Et le dernier, bien entendu, suit les périples d’Antoine Marcas, commissaire franc-maçon au département des objets historiques volés.

Je vais être franc (sans être maçon, elle était facile !), ce n’est certainement pas la partie contemporaine qui m’aura le plus emballé. Marcas n’est pas intéressant alors qu’il a tout pour plaire. Dès qu’on parle de franc-maçon, on peut tomber sur tout et son contraire et l’énigme est si complexe qu’elle en est forcément intéressante. Or, ici, aucun volume le Marcas, tout juste bon à servir d’aiguillage à l’intrigue qui, elle, se révèle plus intéressante (et encore !). N’ayant pas lu les précédentes aventures de cet Indiana Jones au rabais, c’est peut-être ce qui explique que je n’ai pu adhérer au héros. Et si c’est le cas, cela signifierait que l’on a fait le tour du personnage, qu’il n’est donc pas aussi intéressant que cela pour parvenir à ne plus savoir quoi dire sur lui.

Le point de vue du Vatican passe encore même si c’est loin d’être ma tasse de thé. Mais j’avoue jubiler quand on nous présente une sainte église blanche et pure s’adonner à toutes sortes de blasphèmes qu’ils condamnent eux-mêmes.

Les passages décrivant ce 14ème siècle sont donc les plus réussis, les plus captivants. En s’appuyant sur les faits historiques, les auteurs parviennent à montrer leur vision des choses. On sent la documentation approfondie mais également les hypothèses avancées pour expliquer les évènements flous (notamment sur la fuite des Templiers) ou la volonté de revenir sur des parties de notre Histoire pour leur donner une autre vision, quitte à donner dans le sensationnel.
En fin de volume, on trouve d'ailleurs une petite liste des libertés prises par les auteurs. Liste qui vient renforcer le fait que tout n'est pas aussi clair dans notre Histoire...

On retrouvera cette façon de mêler actualité et roman dans la partie consacrée au Vatican. Les auteurs n’hésitent ainsi pas à rapprocher l’affaire Madoff et l’Église ou même de glisser un mot sur l’affaire Kiervel. Le fonctionnement de cet état est d’ailleurs très bien expliqué.

Cependant, quand on revient sur notre héros, c’est une autre paire de manches où là, on a affaire à tout un tas d’incohérences, voire de principes que l’on ne voit que dans les mauvaises séries (comme les journaux diffusant des images de l’attentat sur le pape… dubitatif…), de raccourcis scénaristiques douteux, de situations tirées par les cheveux avec des méchants des années 70 qui expliquent leurs plans alors qu’ils assurent vouloir tirer sur leur cible… Je n’attaque pas l’aspect historique puisque je ne suis pas expert en la matière. Au contraire, ces passages, ces idées, me poussent à approfondir les recherches, découvrant des principes, des choses que je ne connaissais pas avant. Par contre, sur le déroulement de l’intrigue, les personnages, etc. il y a des choses qui ne se font pas ou ne se font plus et qui méritent plus de réflexion pour renforcer les tensions aux moments cruciaux et éviter de tomber dans le facile. On ne fait pas passer un tueur pour intelligent si c’est pour lui donner des propos ou des réactions absurdes quand on balance son héros dans une (pseudo) impasse. On ne fait pas boire un poison à son personnage pour le ressortir d’on ne sait où, on ne sait comment avec pour seule explication : « Ah ! Je vous ai bien eu, j’ai fait semblant de boire le truc pas bon ! »
Bref ! De petits détails bâclés qui à force de faire sourire plombent ces passages qui ne valent plus grand-chose.

Il y a bien un autre point plus important qui me chiffonne et qui en fait remet en question tout le roman mais je ne peux malheureusement pas en faire part dans ces lignes sans spoiler l’ensemble du livre. Car si on supprime ces petits détails gênants, ces incohérences, ces facilités sous prétexte que ce n’est qu’un roman, ça reste très plaisant et très facile à lire.

Je m’attendais quand même à quelque chose de plus abouti, sans erreur trahissant peut-être un manque d’imagination sous couvert d’une documentation historique et contemporaine des plus fouillées.
À noter que l’édition que j’avais entre les mains était exécrable : un nombre incroyable de points non imprimés, des fautes de déterminants, etc…
Point de vue écriture, il y a aussi à déplorer des répétitions dignes d’une rédaction d’élève de CE et un sens du suspense quelque peu désuet de nos jours. La façon de faire est toujours la même et se répète au fil des chapitres : le personnage en sait plus que le lecteur et on le fait bien savoir à ce dernier dans l’espoir qu’il aille au chapitre suivant pour la révélation. Ce lecteur se trouve alors exclu de l’intrigue alors qu’on aurait tout intérêt à le laisser anticiper les choses (seulement, les ficelles sont si grosses que ça serait du foutage de gueule que de faire ainsi).
Et attention les gars à la manière dont vous agencez vos mots : parfois, la phrase ne veut plus dire la même chose ou alors elle constitue une faute de Français si énorme que l’on en est à se demander si ce n’est pas un collégien qui écrit ça.

Autant de points négatifs qui m’ont déçu dans la découverte de ces auteurs et qui les font presque passer pour des amateurs de la langue française…